Rencontre en Argentine : "Aux pieds de Jésus"


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Disciples égaux. Une manière de comprendre et d’être Eglise (Marc 1, 29–34)

(Réflexion : Cecilia Bentancourt cic)

“Aux pieds de Jésus”

Accepter l’invitation d’Emilie à nous mettre “aux pieds de Jésus”, implique approfondir une manière de nous reconnaître église, une manière de comprendre et d’être “ecclesia” ayant présent à l’esprit que Jésus, notre maître, a développé une “praxis associative” dans les demeures, dans les barques, sur des espaces ouverts et autour de diverses tables, sans catégories de race, sexe, classe sociale ou différences personnelles.

Emilie parlant de son expérience, se proposait toujours de se mettre “aux pieds de Jésus”, avec un Cœur et une disposition intérieure de disciple.

Cela lui faisait trouver sa centralité comme sœur de tous et de toutes, sans se sentir meilleure que personne, ni supérieure à d’autres. En communion fraternelle…

C’est ainsi qu’elle priait et qu’elle se disposait à vivre, comme nous pouvons le constater dans ses “Notes personnelles”.

N.P.29. “Lorsque j’irai aux pieds de Jésus, je bannirai de mon esprit toutes pensées vaines pour pouvoir m’unir à Jésus et l’écouter dans le fond du cœur et après l’avoir prié de m’éclairer, je resterai à ses pieds en silence, tâchant de prêter une oreille attentive à ses divines inspirations, surtout quand je vais lui demander conseil. Aussi dois-je redoubler de fidélité et pour bien entendre sa voix et me bien disposer à la suivre.”

Emilie disciple, disposée à apprendre du Maître, pratiquant avec insistance la capacité d’écoute, en particulier quand il s’agira de “diakonein” (servir-aider) les autres, cela à partir du contexte de l’égalité, comme sœur-diaconesse…

Pour approfondir un peu plus cette perspective de notre spiritualité, nous pouvons revenir à l’Evangile de Marc 1, 29 – 40 et voir ce qui s’est passé quand Jésus est sorti de la Synagogue et s’est dirigé vers la maison de Pierre.

Marc 1 “29 Ils quittèrent la synagogue et allèrent aussitôt à la maison de Simon et d'André, en compagnie de Jacques et Jean. 30 La belle-mère de Simon était au lit, parce qu'elle avait de la fièvre; dès que Jésus arriva, on lui parla d'elle. 31 Il s'approcha d'elle, lui prit la main et la fit lever. La fièvre la quitta et elle se mit à les servir. 32 Le soir, après le coucher du soleil, les gens transportèrent vers Jésus tous les malades et ceux qui étaient possédés d'un esprit mauvais. 33 Toute la population de la ville était rassemblée devant la porte de la maison. 34 Jésus guérit beaucoup de gens qui souffraient de toutes sortes de maladies et il chassa aussi beaucoup d'esprits mauvais. Il ne laissait pas parler les esprits mauvais, parce qu'ils savaient, eux, qui il était.”

Regardons les clés qui se trouvent dans le texte :

  •  “Ils quittèrent la Synagogue”… Jésus quitte le lieu institué, pour aller dans les maisons, dans les espaces quotidiens, là où Dieu habite… Jésus rentre dans la maison et il est reçu comme quelqu’un qui appartient à la vie quotidienne de cette famille…
  •  Une clé fondamentale est, alors, que Jésus promeut une manière d’être disciples égaux, sans faire de distinction entre gendre et belle-mère, tous deux également appelés, tous deux également engagés dans la diakonía de l’attention aux malades (à l’époque de Jésus, les marginaux à cause de la “théologie de la pureté”) là est la clé. N’oublions pas que Marc situe ce fait dès le premier chapitre de son Evangile, après l’appel à Simon, André, Jacques et Jean, il s’agit donc d’un récit fondamental.
  • La belle-mère de Pierre, est une femme qui est devenue disciple de Jésus1 et l’action qu’on lui attribue après qu’elle ait été guérie (ou, ce qui serait la même chose, appelée) n’est pas écrite dans la langue originale avec le mot qui désigne les tâches domestiques, ou les attentions aux invités, mais avec l’action qui identifie les disciples : “diakonein” il est donc possible que, durant des siècles, nous ayons mal interprété ce détail du texte qui renferme pourtant un si puissant message sur être disciples égaux. Le service de la belle-mère de Pierre est le service de toute femme de la communauté qui s’est faite disciple, il ne s’agit pas d’un service “moindre”. C’est le même Service que celui de son gendre et de tous ceux qui se sont faits disciples. La diakonía est intrinsèquement unie au fait d’être disciples, tant hommes et femmes, jeunes et enfants, juifs et étrangers. Ce verbe “diakonei” est celui qui indique le mieux le rôle du disciple…

ETRE DISCIPLE - DIAKONIA

N’EST PAS : Une action intra-ecclésiale. Exclusivité des hommes et des ministres ordonnés.

EST : LE SERVICE DE LA COMMUNION et la JUSTICE pour que personne ne reste au dehors de la fête et de la rencontre, pour que tous aient leur place à la table, pour qu’il y ait assez de nourriture pour tous.

L’engagement éthique d’une Communauté de disciples, hommes et femmes.

  • Si nous nous mettons aux pieds de Jésusavec Emilie, nous pourrons reconnaître la centralité de notre condition fraternelle, la source de notre dignité et celle de toutes les personnes. Se mettre “aux pieds de Jésus“ suppose que l’on reconnaisse un profond chemin d’humanisation.
  • Vivre “aux pieds de Jésus“ n’est pas une attitude et une disposition simplement individuelle, c’est le fondement d’une “subjectivité“ et d’une éthique communautaire. C’est, finalement, une logique contre culturelle, toujours prophétique contre toutes les inégalités injustes.
  • Si nous devons nous faire suiveurs et suivantes et que nous ayons décidé de “marcher avec Jésus“, à permettre “que nous prenions sont accent galiléen, simple et populaire“ notre tâche sera “la diakonia des tables“. Serviteurs et servantes de la communion, du dialogue, de l’ouverture et de la justice, de l’égalité, du discernement éthique… Serviteurs de la rencontre fraternelle et de la réconciliation.

 

Comme dans cette rencontre où nous sommes tous et toutes accueillis pour nous réconforter trouvant notre place à la table fraternelle, célébrant le fait que Jésus veut, de nouveau, guérir “les maîtres et maîtresses de maison“ (Belles-mères et Gendres, Frères et Sœurs, Laïcs et Laïques Bleus, de toutes les fièvres de ce chemin de deux cents ans pour que soient de deux cents les nouveaux rêves… Pour que cette grande famille continue à agrandir l’espace de sa tente… Et que soit toujours plus nombreuse la fidèle diaconesse des pauvres et des petits…

Si des doutes subsistent

Si des doutes subsistent on peut lire quelque chose de plus dans les “Notes personnelles“ d’Emilie : N° 36, 37, 42 et 45, ou encore sa lettre à la Communauté de la Maison Mère, en octobre 1848…

Emilie n’oublie pas son centre, sa condition de fille et de soeur… A partir de ce “disciples égaux“, elle se propose de croître, de servir, tant personnellement que comme Congrégation… Les charges, l’affection, etc., ne lui important pas, la clé est d’aller toujours “aux pieds de Jésus“.

Pour continuer à approfondir

Quelques questions pour prier personnellement et partager en groupe :

  1. Quelles invitations pour moi et pour note communauté y a-t-il dans cet itinéraire de disciples “AUX PIEDS DE JESUS“ ?
  2. De quoi ai-je besoin, qu’est-ce que je dois apprendre ?
  3. En quoi et comment pouvons-nous continuer à apprendre à être disciples-diaconesses dans cette communauté ?

 

Pour lire et approfondir un article de Dolores Aleixandre

LA BELLE-MERE DE PIERRE (Mc 1,29-31)

“En nous invitant à vivre, avec Jésus, une de ses journées à Capharnaüm, Marc nous présente une scène dans laquelle nous voyons, comme en maquette, tout ce qui va faire l’existence de Jésus : “Après avoir quitté la synagogue, avec Jacques et Jean il se dirige vers la maison de Simon et André. La belle-mère de Simon avait de la fièvre et était au lit, ils lui recommandèrent. Jésus s’approcha, la prit par la main et la fit se lever. La fièvre l’ayant quittée elle se mit à les servir (Mc 1,29-31)

Une femme anonyme, que nous ne connaissons que par la référence à son gendre et possédée par la fièvre, a été introduite dans la fête communautaire du service fraternel par la main libératrice de Jésus. Au début du texte de Marc, donc, elle est quelqu’un en position horizontale qui est la position des morts, séparée de la vie et dominée par la fièvre. A la fin du récit nous la trouvons debout, guérie et rendant service. Elle a commencé à “prendre part avec Jésus (Jn 13,8) “. Le secret de la transformation nous est révélé d’une manière concise : C’est le premier geste silencieux de Jésus duquel nous avons connaissance dans Marc et trois verbes suffisent pour sa sobriété « il s’approcha », « la prit par la main », « la fit se lever ».

Dans un monde où les relations s’établissent au moyen du pouvoir, de la domination, d’une manière d’exercer l’autorité dans laquelle le fort s’impose au faible, le riche sur le pauvre, celui qui possède des informations sur l’ignorant, la scène de cette femme guérie par Jésus nous introduit dans le nouvel ordre des relations qui doivent caractériser le Royaume : en lui le lien fondamental est celui de la fraternité dans le service mutuel. La pratique de Jésus déstabilise tous les stéréotypes et les modèles mondains de l’autorité, disqualifiant toute manifestation de pouvoir de quelques frères sur d’autres : un style nouveau s’inaugure dans lequel “le dessin circulaire“ remplace et donne pour mourant le “modèle d’avancement“. Sa manière de traiter les gens vivant en marge met en marche un mouvement d’inclusion dans lequel la table partagée avec ceux qui, apparemment, étaient “moins“ “au-dessous“, invalide toute prétention de se croire “plus“ ou de situer “au-dessus“ d’autres. C’est pourquoi Marc nous présente la belle-mère de Pierre “servant“, faisant cela il nous dit : ici il y a quelqu’un qui s’est mis sur l’orbite de Jésus, qui a répondu à son invitation de se mettre aux pieds des autres et, pour cela, “prend part avec lui“.

Beaucoup des difficultés que nous rencontrons dans la vie des relations viennent de notre résistance à nous mettre dans la posture de base d’un service qui ne demande pas de récompenses, ne réclame pas de remerciements, ne s’acharne pas pour qu’on lui “mette une médaille“. Celui, celle, qui essaie de vivre de cette manière, il lui suffit de connaître la joie d’éviter la fatigue des autres et aussi la joie de pouvoir être, comme Jésus, avec la serviette nouée autour des reins pour laver les pieds poussiéreux de ses frères. Imaginez la nouveauté que supposerait cette manière d’être en relations avec tous et entre nous. »

 

Note :1La belle-mère de Pierre

La première femme à apparaître est la belle-mère de Pierre, de laquelle il est dit que, quand Jésus l’eut guérie elle se mit à le servir (cf. 1, 29-31). Marc utilise ici le verbe diakonéô, "servir", un terme que Paul s’applique aussi à lui-même pour désigner une de ses relations fondamentales avec Christ (cf. Rm 1, 1). Ce terme sert à Marc pour situer ce miracle dans ce que l’on appelle "jour de Capharnaüm" (1, 21-39), afin de présenter cette femme comme modèle de ce que signifie suivre Jésus. Il convient en effet de ne pas oublier que c’est précisément le service que Mc nous présente comme étant la quintessence de l’activité de Jésus sur la terre : "Car le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude" (10, 45). C’est pourquoi le fait de servir doit être la caractéristique de tout véritable disciple, tant homme que femme, de Jésus : "Jésus appele les Douze et leur dit : celui qui veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous" (9, 35; cf. également 10, 43s). Vu ainsi, la belle-mère de Pierre apparaît comme un personnage modèle". (“Les femmes qui évangélisèrent Jésus”) S. Pérez Escapini)