Emilie : Un souffle de Dieu

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Émilie de Villeneuve : un souffle d’amour sur la place Saint-Pierre

 

 par Richard Amalvy


Jeanne Émilie de Villeneuve a été canonisée le 17 mai dernier. Richard Amalvy raconte les trois journées exceptionnelles vécues à Rome par le millier de pèlerins qui s’est déplacé depuis toutes les provinces de la congrégation fondée par la nouvelle sainte.

 

Les merveilles de la diplomatie vaticane

 

Il faisait un soleil de plomb sur la place Saint-Pierre quand le pape François a canonisé Jeanne Émilie de Villeneuve. L’effigie géante de la future sainte, surplombant l’assemblée, avait été accrochée sur la façade de la basilique deux jours auparavant, permettant de la voir depuis le bout de la via della Reconciliazione, cette longue avenue qui mène les pèlerins vers la place Saint-Pierre depuis les rives du Tibre et le château Saint-Ange. Cette image – la seule de la sainte, que l’on doit au peintre castrais Charles Valette – est à présent rehaussée d’une auréole. À ses côtés figuraient les portraits de trois autres nouvelles saintes : la napolitaine Maria Cristina dell’Immacolata Concezione, et deux palestiniennes : Marie Alphonsine Danil Ghattas et Marie Baouardy. La canonisation de ces deux dernières a suscité la présence de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne que le Saint-Siège a courageusement reconnu comme État la semaine dernière. Le jour précédent, le pape avait remis au président Abbas une médaille de l’ange de la paix « pour qu’il détruise l’esprit malveillant de la guerre », en déclarant : « j’ai pensé à vous, pour que vous deveniez un ange de la paix ». Le président palestinien était accompagné de dignitaires musulmans avec lesquels l’Église catholique a entrepris un véritable dialogue, ce que le pape se plut à faire remarquer à l’heure de l’Angélus. Le protocole autour de cette messe revêtait donc une dimension diplomatique dont seul le Vatican a le secret, car cette diplomatie si particulière tempère les affres de la politique internationale par un esprit évangélique constant : en ces temps de fureur les trois vertus théologales (foi, espérance et charité) pourraient en être les fondements. Une française étant à l’honneur, on notait aussi la présence de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et donc des cultes, venu apaiser les tensions créées entre la République et le Saint-Siège au sujet de la nomination du nouvel ambassadeur français.

 

Une liturgie universelle conduite en latin

 

Vu de la place, à la droite du trône papal, à quelques rangs des autorités italiennes et des délégations nationales se trouvait des représentants de la famille de la nouvelle sainte, emmenés par Louis de Villeneuve qui avait rassemblé plus de 200 de ses cousins. De l’autre côté, les prêtres avaient pris place, et devant eux les évêques, ainsi que des membres des congrégations des quatre religieuses canonisées, impliqués dans la liturgie. Tout le monde était en place quand la procession lente qui précède le Souverain Pontife arriva sur le parvis, sortant de la basilique. Les trompettes avaient annoncé son arrivée. Puis François s’installa sous le dais de velours rouge. Cette pompe impressionnante, exécutée devant un édifice aussi majestueux que la basilique Saint-Pierre, suscite un sentiment qui suspend le temps. On est arraché des réalités du monde dès que le chœur introduit les rites initiaux à la canonisation. Le latin étant la langue de l’Église, c’est dans cet idiome bien vivant à Rome que les milliers de fidèles ont suivi la liturgie dirigée par le Saint Père, unissant comme à l’accoutumée toutes les nationalités présentes de manière universelle.

 

L’ÉVÉNEMENT de Canonisation PAR LA PRESSE

Le pape retourne dans la cité du Vatican après avoir effectué un tour de la place sur la papamobile. En arrière-plan, l’effigie géante de la future sainte, surplombant l’assemblée, accrochée sur la façade de la basilique Saint-Pierre. © Osservatore Romano




Monseigneur Legrez, Archevêque d’Albi, était dans la procession précédant le pape sur le parvis de la basilique. Il eut le privilège de concélébrer à l’autel avec le Saint Père. © Osservatore Romano
Monseigneur Legrez, Archevêque d’Albi, était dans la procession précédant le pape sur le parvis de la basilique. Il eut le privilège de concélébrer à l’autel avec le Saint Père. © Osservatore Romano

Émilie dans le catalogue des saints

 

C’est au cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation de la cause des saints, que revint la tâche d’introduire la demande de canonisation auprès du Saint Père. Debout face à lui, avec à ses côtés les postulateurs des quatre saintes il prononça ces paroles : « Très Saint Père, notre sainte mère l’Église demande à sa Sainteté d’inscrire les bienheureuses Jeanne Émilie de Villeneuve, Maria Cristina dell’Immacolata Concezione, Marie Alphonsine Danil Ghattas et Marie Baouardy au catalogue des saints afin qu’elles soient invoquées comme tel par tous les chrétiens ». À chaque nom prononcé une clameur appuyée par des applaudissements s’éleva dans la foule. Puis le chœur et l’assemblée démarrèrent une longue litanie des saints incluant les anges Michel, Gabriel et Raphael, puis Abraham, Moïse et Élie, tous les patriarches et les prophètes, les saints apôtres et tous les saints modernes que les quatre bienheureuses ont rejoint après que le pape eût prononcé la formule de canonisation. La clameur de la foule se fit entendre à nouveau à l’écoute des noms des quatre nouvelles saintes. Sr. Maria Luiza Ayres, postulatrice pour Émilie de Villeneuve, voyait à ce moment son travail accompli. C’est alors que du bas du parvis une procession se mit en marche pour apporter près de l’autel les reliques des quatre saintes. Pour Émilie, un morceau tâché de sang de la robe qu’elle portait au moment de sa mort, porté par Sr. Nuria Bayó Blasco, supérieure générale de la Congrégation des sœurs de l’Immaculée Conception de Castres. Elle était accompagnée par Françoise de Villeneuve, parente d’Émilie qui orna la relique d’un bouquet de fleur.

 

Sr. Nuria Bayó Blasco, supérieure générale de la Congrégation des sœurs de l’Immaculée Conception de Castres porte les reliques de la sainte, accompagnée en autre par Françoise de Villeneuve, parente d’Émilie. © Osservatore Romano
Sr. Nuria Bayó Blasco, supérieure générale de la Congrégation des sœurs de l’Immaculée Conception de Castres porte les reliques de la sainte, accompagnée en autre par Françoise de Villeneuve, parente d’Émilie. © Osservatore Romano

La perfection de l’amour de Dieu

 

La messe pontificale put alors démarrer par la lecture de la parole dont nous retenons, dans la première lettre de Saint Jean (4, 11-16), le passage suivant lu par Sr. Marie-Béatrice : « Mes biens aimés, puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. Dieu, personne de l’a jamais vu. Mais, si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection ». L’Évangile selon Saint Jean allait donner l’occasion d’évoquer le souvenir saints : « Père saint, gardez dans votre nom ceux que vous m’avez donnés, afin qu’ils ne fassent qu’un, comme nous ». Dans son homélie, le pape François dira : « Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Jésus l’avait répété avec insistance à ses disciples : Demeurez en moi…Demeurez dans mon amour. C’est le secret des saints : demeurer dans le Christ, unis à lui comme les sarments à la vigne, pour porter beaucoup de fruit. Et ce fruit n’est autre que l’amour. Cet amour resplendit dans le témoignage de sœur Jeanne Emilie de Villeneuve, qui a consacré sa vie à Dieu et aux pauvres, aux malades, aux prisonniers, aux exploités, devenant pour eux et pour tous signe concret de l’amour miséricordieux du Seigneur ».

Au moment de la procession des offrandes, cet amour prit une dimension particulièrement émouvante. La petite Emilly, l’enfant qui bénéficia en 2008 du miracle qui a valu la canonisation d’Émilie de Villeneuve, s’avança vers le pape avec ses parents et son grand-père Rafael. Habillée de blanc, l’enfant se jeta vers le pape et se blottit longuement contre lui. Cette famille paysanne humble et modeste, venue de Petrolina au Brésil, fait partie des pauvres parmi les pauvres. Rafael dit au Saint Père : « Bénissez-moi Saint Père, car à travers moi vous bénirez tous les sans-terre de Petrolina ». Le grand-père d’Emilly a maintenant la belle mission de partager cette bénédiction avec tous ceux dont les terres ont été spoliées par les latifundistes. C’est une famille rayonnante que nous avons retrouvée par la suite au Romitello, la maison généralice où la congrégation est installée à Rome depuis 1971, date de son départ de la maison mère à Castres.

 

La petite Emilly, enfant miraculée par l’intercession de sainte Emilie de Villeneuve, dans les bras du pape François. © Osservatore Romano
La petite Emilly, enfant miraculée par l’intercession de sainte Emilie de Villeneuve, dans les bras du pape François. © Osservatore Romano

Une fête internationale

 

« Vatican, Vatican, Vatican, je reviens du Vatican ! Chantons, crions de joie, Alleluia, Emilie est canonisée! ». C’est par ce chant scandé en dansant, que la délégation gabonaise est arrivée au Romitello en milieu d’après-midi le dimanche. La veille, le pape François avait réuni plusieurs congrégations féminines dans la halle Paul-VI, au Vatican, pour leur parler de la vie consacrée. Il enthousiasma les religieuses présentes en leur suggérant de célébrer leurs missions en n’oubliant pas l’esprit de fête. Ce fût donc la fête qui prit le pas sur la prière tout au long de l’après-midi du 17 mai, portée par les délégations africaines et sud-américaines. Une fête internationale : 300 Français dont les 200 représentants de la famille d’Émilie de Villeneuve, puis ceux venus de Castres, de Béthune, de Fontenay aux Roses, de Menton, de Pantin, de Redon ; une centaine de Gabonais ; 110 Sénégalais et Béninois, dont l’archevêque de Dakar; 50 représentants de l’Argentine et de l’Uruguay ; 160 Espagnols ; 12 Paraguayens ; 130 Brésiliens dont l’évêque de Petrolina ; 15 Filipinos. Ils s’étaient tous retrouvés dès le samedi 16 mai pour une veillée de prière à Saint-Louis des Français. Une veillée où déjà, la dimension internationale et universelle de l’œuvre d’Émilie de Villeneuve était démontrée par la projection du travail réalisé par la congrégation des sœurs bleues.

 

Émilie, maître spirituel

 

Cette belle rencontre devait se terminer joyeusement et spirituellement. Le lundi matin, c’est dans une chapelle de la basilique Saint-Pierre, derrière le grand baldaquin noir, que Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi, présida une messe d’action de grâce empreinte de l’universalité de la congrégation, entre chants africains et liturgie traditionnelle. Dans son homélie, le père Legrez fit de nombreuses références aux paroles d’Émilie de Villeneuve pour donner à comprendre ce qui a façonné son charisme : « Dieu à la première place dans nos vies, voilà ce à quoi Émilie nous invite aujourd’hui. Tout pour Dieu, veut dire aussi tout pour ses préférés. Vous vous souvenez du moment où elle a répondu à son père, un moment difficile dans la vie d’un jeune qui veut avouer sa vocation : « Mon père, c’est pour Dieu que je vous quitte. Je veux servir les pauvres ». Et elle n’aura de cesse de dire « Allez où la voix du pauvre vous appelle. Ayez une sainte prédilection pour les pauvres, les petits, les faibles et les affligés ». Alors, l’archevêque d’Albi interroge : « pour chacun de nous, qui sont les pauvres aujourd’hui, dans notre propre existence ? Peut-être que le premier pauvre, c’est nous-même ». Dominicain, le père Legrez prêche juste quand il déclare : « il me semble que Sainte Émilie de Villeneuve nous parle par ses écrits autant que par sa vie. Elle s’est montrée un véritable maître spirituel. Le fait qu’elle soit canonisée depuis hier en est un signe éminent, aussi bien pour les consacrés que pour les laïcs. Tous nous pouvons nous mettre à son école et, maintenant plus que jamais, lui demander son aide pour parcourir notre propre chemin de sainteté ».

Cette sainteté, si elle est possible, doit être accessible au prêcheur comme au pêcheur. Elle demande que le souffle d’amour qui est passé sur la place Saint-Pierre vienne jusque dans les cœurs et l’intelligence de tous. Est-ce une grâce difficile ?

Le père Bories, vicaire général, comptait parmi les prêtres concélébrant sur la place Saint-Pierre, accompagné par les pères Basquin et Vigouroux de Castres, le père Jeannin, curé de Labruguière, le père de Boisseson, vicaire à Réalmont et parent d’Émilie, le père de Vergeron, aumônier du Couvent bleu, et le père Cabanac, économe de la congrégation des augustins de l’Assomption, natif de Labruguière. Ici dans la basilique à l’entrée de la messe d’action de grâce. © La Semaine de Castres.

 

 




Présence

de la Presse Française à l'occasion de la Canonisation de Jeanne-Emilie de Villeneuve

REVUE DE LA PRESSE RÉGIONALE ET NATIONALE

 LES MÉDIAS CATHOLIQUES

 ARTICLES DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE

 RÉFÉRENCES AU PROJET D'INVITER LE PAPE A CASTRES

 REPORTAGES FOCALISÉS SUR LES RELATIONS DIPLOMATIQUES

 REPORTAGES FOCALISÉS SUR LES RELIGIEUSES PALESTINIENNES

Album photos : Messe de la canonisation de Jeanne Emilie de Villeneuve

 Album photos : Grande joie à Romitello ce 17 mai 2015

 Album photos : Canonisation Messe d'action de grâce à Castres - 24 mai 2015

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PETROLINA : LIEU DU MIRACLE ATTRIBUÉ À JEANNE-ÉMILIE DE VILLENEUVE

La Vie Religieuse avec le Pape François